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  • Charles Antoine Verly
  • Retraité vivant à Saint Hilaire du Bois, je suis toujours prêt à diffuser des informations concernant la région de Sainte Hermine en Vendée.
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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 19:07

Sainte-Gemme-la-Plaine

 

         Sainte-Gemme-la-Plaine, comme son nom l’indique, est la commune la plus caractéristique de la grande Plaine de Vendée.

         Du canton de Luçon, elle est presque située à l’extrémité Ouest de cette région spéciale, mais cependant est assez rapprochée de sa partie centrale, qui correspond à Nalliers.  Au Nord-Est de Luçon, à l’Ouest de Saint-Aubin-la-Plaine, elle est au Sud de Sainte-Hermine, de Saint-Jean-de-Beugné et de Corps, presque au centre du secteur calcaire.

         La Forêt de Sainte-Gemme, qui, aujourd’hui, est presque réduite à un bois isolé comme une île circulaire au milieu de ces terres fertiles, mais nues et exclusivement consacrées à l’agriculture, se trouve à l’Ouest du Bourg, entre le célèbre château de La Popellinière, auquel il faut la rattacher (car elle fut sans doute autrefois un lieu sacré) et le Mureau, qui rappelle des constructions anciennes. D’ailleurs, une Chevalerie, terme qui doit être aussi un point cultuel païen, est tout proche du Nord et certainement en rapport avec le bouquet d’arbres d’origine.

         La commune n’est pas très grande ; cependant elle a 3.487 hectares de superficie. La population n’atteint plus 1.500 âmes et elle ne dépasse guère 1.400 habitants.

         L’altitude est très faible. Le bourg, construit en dehors de la grande voie de Saintes à Nantes par Chantonnay, se trouve sur la route de Luçon, à 10 mètres à peine. Toutefois, à l’Est et au Sud, une légère ligne de hauteurs va à 20 mètres, tandis qu’au Nord on n’est guère qu’à 15 mètres ! La forêt – c’est à noter – la couronne.

         Cette commune agricole est très riche et les femmes s’y distinguent par l’élégance de leur costume et l’éclat de leurs fins bijoux et de leurs coiffes blanches, qui représentent des Cabanières de grand luxe (Esclavage, croix Jeannette, chaîne d’argent à ciseaux, etc.), mais pas de bagues.

         On y fait un peu l’élevage du cheval en raison du voisinage du Marais, du côté du château des Ardilliers et de l’École d’Agriculture de Pétré, la seule de la Vendée, a point de vue officiel, d’ailleurs très importante.

         Les assemblées gageries, qui correspondent au solstice d’été et à l’équinoxe d’automne, doivent, par suite, être très anciennes, puis que réglées par les saisons.

         La petite gentilhommière du bourg, appelée désormais La Forteresse est du XVIe siècle, remplace le château ancien des Du Bouchet, dont les fossés ont été comblés et dont la tour, voisine de l’église, a disparu dès le Moyen Âge.

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      Le sous-sol est exclusivement constitué, dans la partie plaine, par du calcaire jurassique, qui, à ce niveau, est du Bathonien,  c’est-à-dire un calcaire blanc à gros bancs de silex (II-III). À l’Ouest et en  particulier au niveau de la forêt, qui atteint l’altitude de 35 m., on trouve, au dessus de 20 m., un dépôt de Limon des Plateaux (P. I a) très puissants parfois et très fertile (décalcification). Ce dépôt, qui vient d’Encrevé, descend jusqu’à Argelique et à La Brémaudière.

         Les carrières à calcaire se trouvent surtout sur le bord du marais, à la Noue, près des Ardilliers, près du croisement des deux grandes routes de Nantes et de Paris.

         Bien entendu, le marais est constitué par les allusions modernes (A 2) : il va du Pont de Silly et Les Ardilliers jusqu’au Canal des Hollandais, ceinture qui forme la limite Sud de la commune, non loin de l’ancienne Presqu’île de Pétré, qui devait correspondre à un petit pont, quand l’Océan Atlantique, au début du Moyen Âge, s’avançait encore jusqu’à Luçon et à Nalliers.

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         La petite forêt de Sainte-Gemme a donné une suite de plantes curieuses, dont la plus grande partie ont été découvertes jadis par Mlle Poey-d’Avant, fille du célèbre numismate de Fontenay. Ce sont : Inula Salicina, Chrysanthemum corymborosum, Geranium sanguincum, Melampyrum cristatun, Astrogalus glycyphyllos, Seseli Libanotis, Althæa camabina, Ervum cassubicum, Nicia serratifolia, Cytisus supinus,  Rosa pimpinellifolia, auxquelles il faut ajouter : Pisum élatius, découvert par Lepeltier (de Luçon), naturaliste de mérite ; Narcissus pseudo-narcissus, Cuscuta suaveoleus sur Convoloueleus bidns, Helianthemum vulgare, Fumaria micrantha, Oranblanche tencrii sur Tencrium chlamædrys, plante du calcaire, rare (Pontarler) ; Phleum Bæhmeri, une graminée ; Linum strictum, Cirsium bubosum (Pontarlier et Maréchal) etc., etc...

         Cette forêt de Sainte-Gemme, dont l’existence est si imprévue et si extraordinaire, en réalité, en cette partie de la plaine, ne peut être, pour moi, qu’un reste d’un bois sacré ! D’ailleurs, elle avait préoccupé  avant moi des hommes non botanistes, comme A. De la Fontenelle de Vaudoré (Stat., 1844, p.338), et bien d’autres !

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         Comme on le suppose bien, avec une telle topographie, l’absence totale de fleuve, et même de rivière et de ruisseau, car le Golfe de Silly, très peu long et d’une largeur minuscule, n’a eu qu’une vie très éphémère et ne compte pas à la limite de Nalliers, la Préhistoire ne peut être que presque nulle à Sainte-Gemme-la-Plaine !

         Aucun reste paléolithique, car les transgressions quaternaires marines ont tout emporté et très facilement.

         Le Néolithique lui-même est extrêmement pauvre, c’est même le néant.

         Chose extraordinaire, personne n’a encore signalé la moindre hache polie, le moindre silex taillé, le moindre vestige de Néolithique supérieur.

         Et, pourtant, à côté de Sainte-Gemme, a vécu le géologue et bon préhistorien Chartron qui connaissait à merveille tous les champs de cette commune ! Cette lacune est véritablement inexplicable, étant donné les trouvailles déjà faites à Luçon et à Nalliers, surtout, à Saint-Jean-de-Beugné et ailleurs ! Cela tient sans doute à ce que ce centre n’est que post-gaulois ou gaulois, ou plutôt, du début des Métaux seulement.

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                Aucun vestige mégalithique n’est connu, en effet, pas le moindre lieu-dit caractéristique !

         Il est évident que Pétré (de  Petracum), ne se rapporte qu’à la falaise calcaire, qui pointait vers l’océan et n’est que gallo-romain.

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         Aucun vestige du Cuivre. Mais on a recueilli cependant une belle pièce du Bronze. Il s’agit d’une hache à bords relevés, qui provient de l’ex-collection Mandin, et qui est aujourd’hui dans la collection L. Rousseau (de Cheffois). Elle a été trouvée à Chavigny, entre Silly et les Ardilliers, c’est-à-dire sur le bord du marais, en un lieu qui parait bien gaulois (Chavigniacos), et avoir le même radical que les « Chavagne» de Vendée. C’est une pièce de forme rare, qui pèse 494 grammes, et qui est caractéristique du Bronze I, c’est-à-dire du début de l’âge de ce métal, bords très rugueux et très émoussés. Patine très verte. Pièce entière, mais mal conservée. Elle atteint 170 millimètres de long et un tranchant de 33 millimètres pour un talon de 22 millimètres. Le tranchant, caractéristique de cette époque, est très remarquablement étalé. On ne connaît pour la Vendée que quelques rares spécimens de ce type (Mareuil, etc.).

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         Aucune trace de Gaulois. Aucune monnaie préromaine.

         Cependant, quelques débris gallo-romains ont été signalés, non pas dans le bourg, mais à Encrevé (A. S. E. V. 1875, p. 1511), à Chavigny et à Pétré enfin.

         A Pétré a été, jadis, découvert un beau vase, du IVe-Ve sièle, qui a été cité comme vase à bossages, par B. Fillon, dans l’Art de la Terre (p. 38). Ce qui prouve bien que ce point était important dès le début du Moyen-Âge. Ce pot était noir et l’on suppose qu’il provient d’une sépulture. O. de Rochebrune l’a dessiné.

         Sur la route de Luçon existe un lieu-dit La Lampe section G, n°514), à 20 mètres environ d’altitude et à 3 kilomètres 500 actuellement du golfe du Poitou, non loin de la forêt.  Mais l’Océan était beaucoup plus proche au Moyen-Âge. Un moulin à vent existe encore aujourd’hui en ce point.

         Y eut-il là, à l’époque romaine, un Phare, comme le veut A. Bitton ? C’est possible ; mais je ne le crois pas, malgré le voisinage immédiat de la mer !

         Je crois que les monuments de ce nom, dont un lieu-dit a conservé la trace, ne sont que de petits temples, comme celui de La Huguenotte, à St-Gervais !   Une preuve ; c’est qu’ils sont presque tous totalement détruits !  Or les premiers chrétiens n’ont démoli que les autels romains ou païens. De plus, le Bois sacré était proche !

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         Les débuts du christianisme sont mal connus.

         L’église qui persiste est du XIIIe siècle. Dans l’intérieur, il persiste une Crédence du XVe siècle, qui est vraiment un superbe spécimen.

         Le  20 février 1568, l’église fut incendiée par les protestants. Ils cassèrent les cloches. (Chronique du Langon, p. 105). L’église actuelle n’est donc qu’une restauration postérieure à cette date.

         En 1127, le premier janvier, Guillaume VIII d’Aquitaine passa par Sainte-Gemme.

         Il y eut, à Sainte-Gemme, un monastère, fondé par Guy Geoffroy, et créé en 1139 (Richard, Comtes du Poitou, II, p. 7 et 9).

         La commanderie dite de Sainte-Gemme n’était pas située dans cette commune, mais dans celle de Benet ; il n’y a donc pas lieu de la citer ici.

         Le 15 juin 1570, violent combat à la Vallée-Ayrauld, entre les protestants de La Noue et les catholiques.

         En 1715, la baronnie appartenait à Louise Desprez du Plessis et de Belleville (arch. Vendée, série D. 17).

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         Deux hommes célèbres sont connus pour cette commune : le savant militaire Lancelot Voysin de La Popellinière, qui habitait au château de ce nom ; et Lancelot du Bouchet (Mém. Soc. Ant. Ouest, XIV, 25108, et XXVII, p. 317).

         La Popellinière est cette maison à tourelle, placée près de la forêt, que B. Fillon a décrite dans Poitou et Vendée (t. I), où il y a une vaste cheminée renaissance, à trois écussons, entourés, de feuillages et de rubans, avec une inscription bien caractéristique : Pacis et Belli Artibus ! O. de Rochebrune a consacré deux magnifiques eaux-fortes à cet ensemble, qui rappelle le nom d’un véritable savant, celui qui le premier, de l’îlot de la Dune, signala les huîtres fameuses et à odeur, de Saint-Michel-en-l’Herm !    L’Histoire de La Popellinière passe aujourd’hui, avec raison, pour le meilleur livre du XVIe siècle, sur les guerres de Religion ! Aussi paya-t-il cher ce beau livre... et son succès. Il mourut misérable à Paris.

         Lancelot du Bouchet était un contemporain du père de La Popellinière. C’était un guerrier farouche ! Il saccagea, en 1582, à la tête des bandes huguenotes du Bas-Poitou, les églises et les monastères de Poitiers, après avoir fait subir le même sort à toutes celles du voisinage de la seigneurie de Ste-Gemme.

         Il fut l’un des possesseurs de la Forêt, qui, comme l’a dit B. Fillon lui-même, malgré les défrichements successifs, n’en fait pas moins encore les délices des botanistes, qui y trouvent toujours nombre de plantes étrangères aux pays voisins, sans qu’on sache trop pourquoi ! Là encore, je flaire le Totémisme.

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         On ne connaît pas le nom ancien de Sainte-Gemme. Mais on trouve, dès le XIXe siècle, dans le Grand Gautier, la dénomination de « Saincte Gemme » ([1]).

         On ne rencontre cette paroisse, avec le suffixe Plaine mentionné, qu’en 1507 dans un Aveu des Archives de la Vienne, sous le nom de Sainte Jame de la Plaine ([2]).  Les livres religieux donnent Sancta Gemma et de Plana au XVIe siècle ([3]).

         La paroisse dépendait du Doyenné de Mareuil.

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         Comme on a pu le voir, Sainte-Gemme n’a pas de Préhistoire ! Et c’est à peine si nous pu trouver, ça et là, quelques indications sur sa Protohistoire et son Archéologie. Aux chercheurs à venir à faire mieux encore... s’ils le peuvent !

 

Marcel Baudouin



[1] D’autres communes de Vendée portent le nom de Ste-Gemme ; telle Le Tallud-Ste-Gemme ! Il y a des lieux-dits, Sainte-Gemme à  Benet (on l’a constaté) et le Tallud (Ste-Gemme-des-Bruyères).

[2] – D’autres paroisses ont reçu le suffixe Plaine ; telle Saint-Aubin-de-la-Plaine, du canton voisin de Sainte-Hermine.

[3] – En Loire-Atlantique, on connaît la commune de La Plaine, d’où dépendait Préfailles.

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Charles Antoine Verly - dans Relevé d'archives
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